Accueil Webzine Culture & Artisanat Article

L'art naïf haïtien dans toute sa splendeur.

En Haïti, comme dans les pays du Sud, on ne jette rien, tout se récupère. Cela s'avère encore plus vrai pour les peintres et les artisans qui déploient des trésors d'ingéniosité pour créer des objets tous plus décoratifs les uns que les autres. Si on connaît bien les peintures au mètre vendues à Saint-Domingue et les statuettes sans originalité produites dans les campagnes, on ignore souvent les richesses que recèle cet art brut. À Pétion-ville, la galerie Bourbon-Lally, à la rue Lamarre (fermée momentanément à cause du séisme de 2010), s'est spécialisée dans la diffusion de ces créations. On pouvait y trouver par exemple des chaises peintes et sculptées, représentant des monstres grimaçants et qui restent - ô surprise - confortables. Le peintre Pierre Sylvain Augustin dit Payas, l'un des fers de lances dans la mouvance des Saint Soleil, y exposa au début de sa carrière d'étonnantes peintures dans lesquelles les influences chrétienne et vaudou se fondent en un syncrétisme saisissant. Lorsqu'on l'interroge sur ses sources d'inspiration, il répond: Quand je peins, je prie Dieu, car il me donne la force pour mieux être inspiré.

Au Cap Haïtien, Édouard Jean, originaire de Morne-Rouge, tout près du fameux Bois Caïman où eut lieu la terrible cérémonie vaudou du 14 août 1791 marquant le début du soulèvement des esclaves, peint depuis l'âge de douze ans pour faire passer des messages. Alfred Altidor, lui, veut retracer l'histoire de son île par le biais de la peinture.

À la Croix-des-Bouquets, au nord de Port-au-Prince, se retrouvent les artisans du fer découpé. À partir de tôles de récupération, fûts, plaques ou encore de déchets, ils cisaillent, martèlent et modèlent sans relâche, s'inspirant de thèmes traditionnels. Pour la plupart d'entre eux, la création reste un exutoire à la pauvreté et au désœuvrement. Joseph Guilno, par exemple, trouve dans la sculpture une réponse à sa violence intérieure: après plusieurs œuvres exacerbées, comme la statue de la divinité de la mort dans le vaudou, le fameux Baron Same di, il travaille aujourd'hui à un art plus paisible.

Mais tant chez les peintres que chez les sculpteurs se ressent une réelle frustration: malgré l'intérêt porté par la bourgeoisie à l'art local, le nombre confidentiel de visiteurs ne leur permet pas de vivre de leur art et se renouveler (la plupart des touristes ayant peur d'y aller depuis le séisme). Ils mettent donc beaucoup d'espoir en l'avenir. Car l'artiste haïtien aime vendre personnellement sa production, adore parler et expliquer sa motivation. Et si le prix se discute souvent âprement, cela fait partie du jeu.

Contributeur : Gwengoat
Source : Forum-expat.net
Destination : Caraïbes / Haïti

  • Soumit le : 14 Sept. 2014
  • Page vues 66 fois

0 Commentaire

  1. Soyez le premier à laisser un commentaire

Ajouter un commentaire

* Champ obligatoire
Votre commentaire a été envoyé et est en attente d'approbation

Bonjour,
ce site est gratuit, cependant, sa seule source de revenus est la publicité et si vous utilisez un bloqueur de publicité, cela empêche toute chance de pouvoir maintenir le site sur le long therme car, sans revenu, pas de site.

Si vous pouviez le temps de votre visite sur Forum Expat débloquer cette fonctionnalité cela laisserai une lueur d'espoir pour son avenir.

Merci de votre compréhension