Faire un bilan de compétences pendant ou après l’expatriation : mode d’emploi
Après trois, cinq ou dix ans d’expatriation, beaucoup d’expatriés ressentent le besoin de faire le point. Un bilan de compétences est l’outil qui permet de clarifier son parcours, d’identifier ses acquis et de préparer la suite. Voici comment le mettre en place quand on vit hors de France.
Pourquoi faire un bilan de compétences quand on est expatrié
L’expatriation transforme profondément un parcours professionnel. On gagne des compétences transversales (gestion multiculturelle, langues, adaptabilité), on en perd d’autres (connaissance fine du marché français, réseau sectoriel local). Après plusieurs années à l’étranger, il devient difficile d’évaluer objectivement où l’on en est par rapport au marché du travail français.
Le bilan de compétences répond à cette question. C’est un dispositif encadré par le Code du travail qui permet, sur 24 heures d’accompagnement réparties sur deux à trois mois, d’analyser ses aptitudes, ses motivations et ses intérêts professionnels. Le résultat est un document de synthèse qui sert de base à la suite : reprise d’activité en France, évolution dans le pays d’accueil, reconversion totale.
Qui peut financer un bilan de compétences en expatriation
Les modalités de financement dépendent de votre statut pendant l’expatriation. Les expatriés détachés, qui conservent un contrat de travail français, continuent de cotiser au CPF (Compte Personnel de Formation) et peuvent donc utiliser leurs droits CPF pour financer leur bilan. Les sommes disponibles sont consultables sur le portail moncompteformation.gouv.fr.
Les expatriés en contrat local dans une entreprise étrangère ne cotisent plus au CPF français. Ils doivent soit financer le bilan sur fonds propres, soit attendre leur retour en France et utiliser leurs droits acquis avant le départ. Certains pays, notamment dans l’Union européenne, ont des dispositifs équivalents (comme le système britannique de « career review »), mais ils ne sont pas transposables en France.
Les conjoints d’expatriés qui ont cessé de travailler pendant l’expatriation conservent leurs droits CPF acquis avant le départ, sans les perdre ni les cumuler. Pour eux, un bilan de compétences à distance peut être financé sur ces droits résiduels.
Les prestataires qui proposent des bilans à distance
Depuis la crise sanitaire de 2020, la quasi-totalité des prestataires de bilans de compétences certifiés Qualiopi proposent désormais une formule 100 % à distance. Les entretiens se font en visioconférence, les tests psychométriques sont administrés en ligne, et les livrables sont numériques. Cette évolution a ouvert le dispositif à tous les expatriés francophones, quel que soit leur pays de résidence.
Plusieurs réseaux nationaux sont accessibles à distance : Cibc, ABC Portage, Orient’Action, Catalys Conseil. Les tarifs oscillent entre 1 500 et 3 500 euros selon la notoriété du prestataire et la durée réelle des entretiens. Un bilan CPF couvre généralement l’intégralité du coût, à condition d’avoir suffisamment de droits capitalisés.
Pour bien choisir, vérifiez trois points. La certification Qualiopi, obligatoire pour bénéficier du financement CPF. L’expérience du consultant avec les publics expatriés : un bilan fait par quelqu’un qui n’a jamais travaillé avec des profils internationaux passe souvent à côté des vraies questions. Et la qualité du livrable final : demandez à voir un exemple anonymisé avant de signer.
Le déroulé d’un bilan de compétences
Le bilan se déroule classiquement en trois phases, étalées sur deux à trois mois.
La phase préliminaire, de deux à quatre heures, sert à confirmer votre engagement dans la démarche, à définir vos attentes et à présenter le cadre. C’est aussi le moment où le consultant évalue si votre demande relève bien du bilan de compétences ou si un autre dispositif serait plus adapté (coaching, VAE, formation directe).
La phase d’investigation, la plus longue (douze à seize heures), explore votre parcours, vos motivations, vos aptitudes. Vous passez des tests psychométriques, des inventaires d’intérêts professionnels, des entretiens d’exploration. Le consultant vous aide à identifier vos compétences transférables, vos moteurs profonds et les pistes d’évolution cohérentes avec votre profil.
La phase de conclusion (quatre à six heures) finalise le projet professionnel et construit un plan d’action. Le livrable est un document de synthèse personnel, confidentiel, qui appartient exclusivement au bénéficiaire.
Pendant ou après l’expatriation : le bon moment
Faire son bilan pendant l’expatriation offre un regard distancié sur son parcours, en dehors des pressions du marché français. C’est idéal pour préparer un retour à six ou douze mois, ou pour décider si l’on reste à l’étranger. En revanche, le consultant ne connaît pas toujours finement la réalité du marché local du pays d’accueil, ce qui peut limiter la précision du projet final.
Faire son bilan au retour permet d’intégrer la confrontation au marché français dans la démarche. Les signaux du marché, les retours d’entretiens, les échanges avec d’anciens collègues nourrissent directement le travail. C’est souvent plus efficace pour qui envisage une reconversion ou un repositionnement significatif.
Ce que le bilan apporte concrètement
À l’issue des 24 heures, le bénéficiaire repart avec un document de synthèse, un plan d’action détaillé et souvent un nouveau CV orienté vers le projet défini. Au-delà du livrable, c’est surtout la clarification du projet qui a de la valeur : beaucoup d’expatriés arrivent avec plusieurs pistes confuses et repartent avec une ligne directrice claire.
Les bilans bien menés aboutissent dans 70 à 80 % des cas à une concrétisation dans l’année : changement de poste, reconversion, création d’entreprise, reprise d’études. Les 20 à 30 % restants correspondent soit à des projets mal engagés, soit à des situations où le bilan confirme qu’aucune évolution n’est pertinente à court terme.
Les pièges à éviter
Le premier piège : choisir un prestataire uniquement sur le prix. Un bilan à 1 500 euros bâclé vaut moins qu’un bilan à 3 000 euros avec un consultant expérimenté. Le second : vouloir tout boucler en un mois. Les meilleurs résultats viennent d’une vraie digestion entre les rendez-vous. Le troisième : confondre bilan et coaching. Le bilan suit une méthodologie cadrée avec livrables, le coaching est beaucoup plus libre.
Un bilan bien conduit est l’un des meilleurs investissements qu’un expatrié puisse faire avant un retour ou une évolution professionnelle. Les expatriés qui le font rapportent presque systématiquement un gain de clarté significatif, et surtout un gain de temps sur la suite du parcours.
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